Voici cette autre personne, mon
client.
(Texte de
Carl Rogers)
J'ai un peu peur de lui, de
pénètrer ses pensées qui sont en lui, comme j'ai un peu
peur des profondeurs qui sont en moi.
Pourtant, en l'écoutant, je commence à éprouver un certain
respect pour lui, à sentir que nous sommes parents.
Je devine combien son univers lui paraît terrifiant, quelle
tension il met à essayer de le contrôler.
Je voudrais sentir ses impressions, qu'il sache que je le
comprends.
Je voudrais qu'il me sache près de lui, dans son petit
univers compact et resséré, capable de regarder cet univers
sans trop de frayeur.
Je puis peut-être le lui rendre moins dangereux.
J'aimerais que mes sentiments dans ce rapport avec lui
soient aussi clairs et évidents que possible, afin qu'il
les reçoive comme une réalité discernable à laquelle il
pourra retourner sans cesse.
Je voudrais entreprendre avec lui cet effrayant voyage en
lui-même, au sein de la peur ancrée en lui, de la haine, de
l'amour qu'il n'a jamais réussi à laisser l'envahir.
Je reconnais que c'est un voyage très humain, et
imprévisible pour moi, aussi bien que pour lui, et je
risque, sans même savoir que j'ai peur, de me rétracter en
moi-même devant certains des sentiments qu'il découvre.
Je sais que celà imposera des limites dans ma capacité à
l'aider.
Je me rends compte que ses propres craintes peuvent par
moment l'amener à voir en moi un intrus, indifférent et
repoussant, quelqu'un qui ne comprend pas.
Je veux accepter pleinement ses sentiments en lui, tout en
espérant que mes propres sentiments éclateront si
clairement dans leur réalité qu'avec le temps, il ne pourra
manquer de les percevoir.
Et surtout, je veux qu'il rencontre en moi une personne
réelle.
Je n'ai pas à me demander avec gêne si mes propres
sentiments sont "thérapeutiques".
Ce que je suis et ce que je sens peut parfaitement servir
de base à une thérapie, si je sais "être" ce que je suis et
ce que je sens, dans mes rapports avec lui de façon
limpide.
Alors il arrivera peut-être à être ce qu'il est,
ouvertement et sans crainte.